La gestion de crise dans une installation portuaire : du prévisible à l’imprévisible

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WeCAPS - Port de Dakar
L’équipe du projet WeCAPS a réuni pendant deux jours à Paris des experts afin de construire une formation en gestion de crise pour les services de protection civile dans les ports partenaires. Ce projet de l’Union européenne mis en œuvre par Expertise France vise à renforcer la sécurité portuaire dans les Etats d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Sites sensibles, les installations portuaires exigent une parfaite maîtrise des risques et des menaces susceptibles de les affecter. Plus encore, la gestion d’une crise dans une installation portuaire nécessite une attention particulière de la part des autorités car les conséquences peuvent être catastrophiques sur un plan humain, matériel et environnemental. En témoignent les explosions tragiques et dévastatrices survenues le 4 août dernier dans le port de Beyrouth au Liban.

A travers l’atelier organisé en juillet 2020, le projet WeCAPS démontre la volonté du projet d’aider les ports partenaires et les services étatiques associés d’Afrique de l’Ouest et du Centre pour penser, prévenir et gérer les crises, avec un souci permanent de proposer des solutions adaptées à leurs besoins.

Identifier et limiter leurs vulnérabilités, un enjeu fort pour les ports

L’Union européenne, qui a activé une aide d’urgence pour le Liban, accorde une importance particulière à la sécurité portuaire en général et de manière plus spécifique à celle de l’Afrique de l’Ouest et du Centre à travers WeCAPS. Ce projet régional vise à accroître les capacités des partenaires locaux à prendre en compte les vulnérabilités portuaires et à limiter celles-ci. Au-delà des activités planifiées de renforcement des capacités dans les domaines de la sûreté et de la gouvernance portuaires, l’équipe du projet WeCAPS s’est également fixée pour objectif d’accompagner les autorités portuaires dans le domaine de la sécurité.

Ces dernières doivent poursuivre la prise de conscience de l’importance de la prévention (mesures visant à permettre l’évacuation des personnes en danger, à limiter les risques d’éclosion et de propagation d’incendie et à faciliter l’intervention des secours) et de la préparation de la réponse opérationnelle. Cette préparation englobe une étape incontournable d’études préliminaires des risques (identification des potentiels de dangers : incendie, explosion, toxicité…) suivie d’une étape d’analyse détaillée des risques (évaluation de l’intensité des effets et de la gravité des conséquences, de la cinétique, de la probabilité afin de déterminer une cotation des risques et une identification des risques majeurs). Ces analyses sont indispensables pour rechercher des mesures de réduction ou de suppression des risques majeurs adaptées à l’environnement professionnel.

Préparer la réponse opérationnelle

Car, comme il a pu être constaté de manière dramatique au Liban en août dernier, un port est une zone à haut risque : elle superpose des aléas, liés notamment à la présence de produits dangereux, à une forte concentration de l’activité, le tout étant au cœur d’enjeux humains, économiques et environnementaux importants. Une installation portuaire peut être à l’origine d’un événement majeur (feux de navire, dispersion de produits toxiques, ou explosions de substances chimiques…) pour lequel il est nécessaire de mobiliser des moyens de secours importants extérieurs au port.

Au-delà des ressources mobilisées, la préparation de la réponse opérationnelle dans le cadre de l’organisation des secours et la gestion de l’opération de secours est une notion capitale. Certes, les primo-intervenants doivent être formés et entraînés pour réaliser des actions déterminantes dans les premières heures (prendre en charge des victimes, limiter les effets d’un accident…). Mais il est également essentiel que les décideurs au niveau des ports et les administrations concourantes à la gestion d’une crise soient sensibilisés à des situations de ruptures telles que celles dramatiquement éprouvées au Liban.

C’est dans ce cadre et à l’initiative de Samuel Champon, expert protection civile du projet, que WeCAPS a réuni dans les locaux d’Expertise France des experts de haut niveau  en gestion de crise. Issus de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris et du cabinet BJR EXPERTISE – spécialisé en expertise incendie, explosion, risques industriels et gestion de crise, ainsi qu’en risques technologiques et formation/entraînement –, ils ont construit une formation de gestion de crise pour les services de protection civile dans les ports. Durant cette rencontre, les experts ont pu bâtir une formation cohérente en fonction du type de crise (terre ou mer) et adaptable, quelle que soit l’organisation spécifique de gestion du pays hôte.

Les explosions tragiques et dévastatrices, qui se sont produites dans le port de Beyrouth, ont déclenché une réelle prise de conscience, de la part des ports partenaires du projet, de la nécessité de réduire les vulnérabilités liées aux matières dangereuses. WeCAPS a notamment reçu des demandes urgentes des ports de Dakar et de Lomé pour les aider à identifier le plus rapidement possible ce type de matériel. Pour donner suite à ces requêtes, le projet se rendra au Togo début octobre afin d’analyser directement sur place la situation du port. WeCAPS a également organisé, du 21 au 24 septembre 2020, une mission d’évaluation des besoins dans le port de Dakar. Les experts du projet ont visité les installations portuaires, avec pour objectif de les aider à identifier leurs vulnérabilités et prévenir ce genre de sinistre mais également à leur proposer des solutions, parmi lesquelles les formations à la gestion de crise, qui débuteront début 2021.

Le projet WeCAPS s’inscrit dans le cadre du programme Routes maritimes critiques (CMR), une action-cadre financée par l’Union européenne qui vise à améliorer la sécurité et la sûreté des routes maritimes dans le golfe de Guinée et l’océan Indien élargi.

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